Point de vue Rose
Je me tiens droite, les mains sur les hanches, prête à dégainer le moindre regard noir à celui qui sera susceptible de croiser ce dernier.
Mon c½ur bat à une allure folle, des frissons parcourent mon corps entier, mes yeux sont révulsés, et enfin, je n'ais jamais eu aussi chaud de toute ma vie.
Des voix au dehors se font entendre. Des voix si graves qu'elles défieraient les dieux grecs tous réunis.
... : COME IN!
Ce ton me fait sursauter et me fait immédiatement comprendre qu'il est temps pour moi de prendre congé dans la pièce tant redouté.
Ma main actionne la poignée froide et crasseuse, puis, dans un battement lourd, je laisse retomber la porte dans un fracas si bruyant que même les personnes d'où provenaient les voix graves se retournent et me toisent de haut en bas.
... : SIT DOWN PLEASE !
Je m'exécute, puis, parcours du regard la pièce dans laquelle je me trouve. Des bibelots de collections se trouvent être positionnés sur toutes les étagères existantes ornant ce mur d'une peinture couleur ocre. Le fauteuil sur lequel je me trouve est plutôt confortable malgré les nombreux trous et ressors apparents.
Des tableaux d'anciens directeurs d'établissements scolaires se trouvent être accrochés aussi sur les trois murs restants.
La seule fenêtre occupant ce lieu nous offre une luminosité stupéfiante et s'incruste dans les moindres recoins de la pièce laissant entrevoir la poussière s'étant nichée dans les recoins insoupçonnés d'un balais. Mon interlocuteur me surprend en train d'observer son antre, puis d'un raclement de gorge me fait comprendre qu'il est temps pour moi de me concentrer sur lui et lui seul et d'être attentive sous le poids de ses prochaines paroles qui, je suppose, seront assez indigestes.
... : Mademoiselle Walker.
Essaye t-il de me dire avec un accent purement Américain.
... : Vous êtes ici dans un établissement privé, qui plus est doit nécessité de lourds financements si l'on souhaite y être scolarisé.
Ah ben au moins il n'y va pas par quatre chemins. =____=''. On sait de suite de quoi il s'agit. Bonjour mademoiselle Walker, bienvenue en Amérique, j'espère que vous avez fait bon voyage et que l'avion ne vous a pas trop infligé de secousses malgré le temps inapproprié pour parcourir le ciel.
Bon, ok, je n'en demande pas temps mais tout de même.
Mon interlocuteur, fronce les sourcils pour me ramener à la réalité et de ce fait, me sortir de mes pensées les plus douteuses qu'il soit.
... : Vous m'avez bien compris ?
Moi : Yes Mister, I understand.
Un nouveau raclement de gorge se fait entendre. Cette fois-ci, celui-ci est suivi d'une toux sèche et répétitive. L'homme, semble crasher ses poumons. Il se tape la poitrine, puis reprend sans même s'excuser d'avoir postillonné çà et là.
... : Bien, j'espère que vous prenez conscience que votre passé n'excusera en rien votre attitude en classe.
Mon passé. Ce coup-ci, mon c½ur s'accélère. Oui, il s'accélère de plus en plus jusqu'à sortir de ma poitrine bien que celle-ci soit assez volumineuse .
Je cherche en vain un ongle susceptible d'être rongé mais rien à faire. Il n'y a plus rien. J'ai déjà tout fini. C'est étrange comme la description de mes mots peut être semblable à la description d'un repas. Je commence à m'affoler et à regarder en tout sens.
Mon regard se pointe encore et toujours sur cette lumière qui offre un rayon aux recoins de la pièce.
Un petit cafard se trouve être dans la luminosité enfoui sous les poussières. A ce moment précis, je n'ais jamais eu autant envie d'être un de ces congénères.
Oui, jouer le jeu de l'autruche en me cachant à l'abris du monde extérieure, évitent toutes questions personnelles désagréables.
... : Mademoiselle, je ne sais pas à quoi vous rêvassez, mais je suis en train de vous parler de votre futur ! Je suis en train de vous faire prendre conscience que ce n'est pas parce que votre bulletin, votre dossier de l'année dernière était assez bon, que cette année, vous devrez vous reposer sur vos acquis et vous dire que votre vie est déjà tracé !
Mon regard se détache du microbe répugnant et totalement infecte et se redirige vers l'homme.
Mon c½ur se calme pour mieux offrir une respiration digne de ce nom.
Mes mains se décrispent, mes pieds cessent de tapoter le sol succinctement et je retrouve mes idées au fur et à mesure que j'ai le temps de réaliser que je me suis un peu trop emballée, lorsque j'ai entendu prononcé de sa bouche, le mot : passé.
Moi : Oui, ne vous en faites pas, je ne suis pas du tout dans cette optique la.
Bien au contraire.
... : Bien, vous commencerez les cours dès cette après-midi. Vous débuterez avec Mathématiques. Bien, toutes les modalités ont été vues avec Mr. Smith, la personne qui est chargé de superviser votre programme de A à Z pour déterminer si vos notes pourrez vous permettre de réaliser votre projet professionnel.
Le Directeur de l'établissement, en pointant son doigt, me montre la personne en question. Celle-ci, présentant les même similitudes que l'insecte étudié il y a à peine 2 minutes, possède les même caractéristiques que ce dernier.
En effet, un homme trapu, voûté, se tenant parfaitement courbé à l'ombre de la pièce, le nez vers le sol, m'épiait depuis mon arrivée sans même que je ne m'en rende compte.
Ses mains squelettiques s'entremêlent les unes dans les autres tout en dégageant un bruit de peau sèche lors du contact de ses doigts.
Un pantalon noir, un peu trop grand, l'assimile assez bien à un nourrisson portant un jean XXL.
Son pull, à rayure noires et rouges, fait de laine lui remonte jusqu'en haut de sa fine moustache qui elle, un peu trop abondante et volumineuse à mon goût, déborde sur sa lèvre supérieur.
Enfin, un béret noir sur sa tête, rappelant la couleur de son pantalon, est niché sur le haut de son crâne pratiquement dégarni.
L'homme avance à petits pas vers le bureau derrière lequel se trouve assis le supérieur, et vint à mes côtés, en me regardant de haut.
Moi : ah, je n'étais pas mis au courant comme quoi j'avais un ''conseiller d'orientation '' pour vérifier si mes notes me permettraient d'atteindre mon objectif...
Directeur : Oui, j'en suis tout à fait conscient, c'est en parti pour cela que je vous ait fait venir dans mon bureau afin que l'on en parle.
Ca vous dérange ? Oh et puis, si oui, ce n'est pas bien grave car vous n'avez pas le privilège d'avoir le choix...
Bien, première entrevue avec le dirlo, supère. Ouah, bonne impression, bouché du fion comme on dit chez nous.
Directeur : Bien, vous pouvez disposer. Votre emploie du temps vous sera donné à 14 heures précise lorsque vous serez entrer en cours.
Moi : Bien, merci monsieur.
A peine, m'être levée de ma chaise qui me servait d'exécutoire auparavant, un nouveau raclement de gorge se refait entendre, puis, des paroles sont lâchées.
Directeur : Mademoiselle, vous entamez votre dernière année de scolarité. Vous avez dix huit ans. Inutile de vous dire, que c'est cette année la qui déterminera votre futur.
Sur-ce, bon vent, et bon courage.
Ce coup-ci, mes pieds ne traînent pas pour m'attirer au dehors de cette pièce sentant le renfermé.
Arrivée de l'autre côté de la porte, je me retourne pour la fermer. A ce moment précis, un regard, une attitude inquiétante me fait face.
L'homme trapu, me dévisage de haut en bas, et observe le moindre de mes mouvements.
Il plisse un peu plus ses yeux de façon à mieux m'identifier, puis, une fois rassasié, il tire la chaise sur laquelle j'étais assise puis s'y laisse tomber lourdement.
D'un geste impulsif, je ferme la porte, pour qu'enfin, ce territoire, cette pièce, soit banni de mes yeux, de ma tête.
Si on devait la comparer, je ne mettrais pas longtemps pour réfléchir : un exécutoire ou bien une salle de torture peut-être bien.
Sorties de mes pensées les plus funestes qu'il soit, je fais face au long et imposant hall qui s'offre à moi.
Le lycée Américain, typique de celui que l'on peut voir dans des films.
Même décor, même ambiance, et surtout même hiérarchie.
En effet, les classes sociales sont très distinctes les une des autres.
Alors on à la droite du couloir, près des casiers complètement abîmés, ceux qu'on appelle communément les pouilleux ou plus conformément à la règle de l'établissement : les intellectuels. Ceux-ci, calculatrices en main, assis par terre parlent encore et encore d'équations et de théorèmes en tout genre. J'avance et identifie chacune de leur manies. Au fur et à mesure que je marche dans cette immense couloir, j'arrive au niveau des personnes dites bohèmes. Ces dernières, habillées de longues robes pour les filles et de pantalons faisant penser à celui d'Aladdin du dessin animé Walt Disney, violons en mains, ainsi que jumbo, s'affrontent dans un rituel sans merci à une danse manouche.
Les cotillons virevoltent au rythme du son provenant de leur instruments, et des cris de joies s'échappent de toutes part laissant au passage des petits toussotements pour cause du narguilé traînant dans un des casiers tenu jusque la secret aux regards des professeurs.
Je continue ma visite non guidée pour atterrir dans un endroit ce coup-ci coupé du mien.
Je ne dis pas être intellos, ni même bohême, mais tout de même, je pense être atterri en zone rouge.
Des jupettes rouges et bleues, des pompons bicolores, des franges blondes, brunes, rousses, châtains, des jambes longues et fines, puis de l'autre côté, des individus taillés comme des armoires à glace, portant la veste de leur équipe de hockey ou bien de baseball, accompagnées des casquettes assorties, se tiennent droits, portables en mains, sonneries retentissants toutes les cinque secondes.
Voila la dure réalité du lycée en Amérique. Oh en France, c'est bien un peu la même chose. Il y a une hiérarchie à tout, mais beaucoup moins prononcée qu'en Amérique.
Ici, si en tant que garçon tu ne pratiques aucun sport alors tu es réduit à l'état de pleurnichard. Et inversement, si tu es une fille, si par malheur tu n'est pas admise dans leur clan, dans leur équipe de pompon girl, alors tu peux aller te rhabiller et voir ailleurs si le ciel est bleu.
Voila la dure réalité chez les adolescents.
Oui, 18/20 ans, l'âge idéal. Voila ce que disent les personnes d'âges certains, seulement, la jeunesse n'est plus ce qu'elle n'était qu'avant.
Aujourd'hui, des crimes racistes sont plus fréquents. Des propos injurieux ainsi que des remarques blessantes sont balancées du tac au tac sans même prendre la peine de réfléchir si cela pourra blesser ou non la personne concernée.
Je fini de traverser difficilement ce dernier niveau et commence à entrevoir l'ouverture, la luminosité que peut offrir le soleil bien que le ciel nous offre des nuages plus que douteux.